Les tribulations d’un (ex) astronome

Mont (mon ?) Blanc

jeudi 15 juin 2006 par Guillaume Blanc

Il a fallu trouver un week-end où nous étions disponibles et motivés tous les trois, mais surtout avec des conditions météorologiques et nivologiques adéquates. Le Mont Blanc, ça se mérite ! Un beau temps généralisé sur toute la France la semaine du 5-11 juin nous a décidé. José a réservé le refuge des Grands Mulets une dizaine de jours à l’avance, pour être sur, quant à moi j’ai pris les billets de train pour aller rejoindre Padrig à Lyon. Et voilà, y’avait plus qu’à...


Ce qui suit a été écrit au refuge des Grands Mulets, samedi 10 juin dans l’après-midi, sur un coin de table inondé de lumière solaire, avec vue sur le Dôme du Goûter, à côté d’une tablée d’alpinistes italiens qui discutaient à bâtons rompus...


 Vendredi 9 juin 2006

Massy-Lyon. 16h30 - 18h30. Nos tribulations dans les gares et le train, à José et moi, ne sont passées inaperçues ! Les regards se faisaient insistant sur notre passage... Padrig nous récupère à la Part-Dieu. Nous partons directement à Cham’ dans sa petite voiture pleine de matos. Un peu plus de deux heures de route plus tard, nous arrivons. Coucher de Soleil somptueux sur les Aravis en cours de route, une Lune presque pleine se levant juste à côté des cimes que nous venons titiller : l’accueil fut chaleureux ! Et, en arrivant au camping, les derniers rayons de l’astre du jour embrasent le Dôme du Goûter, loin, bien (trop ?) loin au-dessus de nous, l’Aiguille du Midi et d’autres aiguilles de rochers que je découvre et dont les noms m’échappent. Camping des Écureuils. José nous a concocté un petit festin pour le dîner : taboulé, pâtes à la sauce tomate et au grana, salade de mâche au fromage, le tout couronné par une tranche de melon juteux. Il m’avait vu venir : je comprends à présent pourquoi il a préféré s’occuper du repas lui-même ; avec moi ça aurait été pâtes-gruyère, point-barre ! C’est donc sous le regard des hautes montagnes que nous nous régalons. Même si ces hautes montagnes me semblent présentement bien hautes, justement, et bien loin. Une belle trotte nous en sépare !

 Samedi 10 juin 2006

Je suis réveillé bien avant le réveil, ce qui est quelque peu désagréable, sensation de ne pas avoir profité pleinement de la nuit pour me reposer. Et pourtant je me sens en pleine forme ! P’tit déj’ composé d’un thé au muesli : j’adore ça, depuis que Padrig m’y a fait goûter au refuge du Pelvoux ! J’en mange même chez moi, pour varier les plaisirs gustatifs matinaux...

Approche à pieds sous l’Aiguille du Midi.

On plie la tente et les affaires, et d’un petit coup de voiture Padrig nous amène sur le parking qui précède l’entrée du tunnel du Mont Blanc. Le sentier part de là. 1270 mètres. Un sacré dénivelé nous attend avant de trouver la neige. 6h40 : nous mettons les skis sur le sac et les chaussures de ski dans le sac, pour monter en baskets. Malgré un sac à dos super lourd qui me cisaille les épaules, la marche sur le sentier est plus confortable comme ça. La progression est constante : nous prenons de l’altitude. Indéniablement. Il s’agit quand même de s’économiser un peu pour la suite ! Le sentier zigzague à l’aplomb de l’aiguille du Midi, et juste au-dessus de la rampe d’accès au tunnel. Le doux ronronnement des camions n’aura de cesse d’accompagner notre balade. Balade qui se déroule accessoirement juste sous un ancien téléphérique qui menait sur l’Aiguille du Midi (décidément, la pauvre, on ne lui a laissé aucun répit !).

Ancien téléphérique qui rouille lamentablement.

Paysage saccagé par ces ruines d’une triste époque où l’homme se croyait le maître incontesté des montagnes. Câbles qui rouillent en pendouillant lamentablement entre deux vieux pylônes immondes, des gares intermédiaires dans le plus complet abandon, en ruines. Quand l’homme se désintéresse de ses jouets, il ne fait pas le ménage, il laisse tout tel quel. Comme ça. Immondices. Comme si le tableau n’était pas assez complet, c’est un ballet incessant d’hélicoptères et de petits avions qui ont accompagné notre marche d’approche. On aurait pu espérer ces cieux de hautes montagnes purs et dédiés au silence des cimes, mais non, touristes fortunés et capitalistes cupides en ont décidés autrement, et nous voici entourés de bourdonnements en tout genre polluant notre quiétude et celle de la nature d’assourdissant décibels.

Après environ 1200 mètres de dénivelés, les premiers névés apparaissent. La neige est encore dure, en baskets, ça devient limite casse-gueule ! Nous les troquons contre les chaussures de ski, libérant de cette manière nos épaules d’un poids certain. Les baskets, désormais inutiles, sont planquées dans les ruines d’une gare du téléphérique. S’ensuit une petite traversée vers le glacier des Bossons que nous faisons à pieds. Puis nous chaussons enfin les skis en marge de ce fleuve de glace dont le tumulte semble avoir été figé par quelque Dieu colérique. Nous nous encordons pour traverser ce glacier. Je mène la petite troupe sur la trace de nos prédécesseurs, dans un paysage féérique. Océan de blancheur qui se découpe sur un ciel d’un azur profond. La saison hivernale a été généreuse : peu de crevasses ouvertes, les ponts de neige sont conséquents. La trace louvoye néanmoins ici et là, pour éviter quelques pièges. Parfois, je m’arrête pour immortaliser quelque point de vue. Un intense bourdonnement me dérange l’oreille droite... Je tourne la tête : un petit avion de tourisme rouge et blanc survole le glacier en rase-motte, et passe à proximité. Ô belle quiétude montagnarde ainsi perturbée par ces touristes en quête de sensations fortes sans pour autant dépenser d’énergie (musculaire !). De l’argent, oui, mais de l’énergie (musculaire), non !

Bientôt nous arrivons à la fameuse Jonction, bord du glacier où le flot impétueux est plus perturbé qu’auparavant. Le passage n’est possible qu’au printemps, quand la neige lisse quelque peu le paysage tourmenté. Ça tournicote entre les murs de glace. Et puis devant mes skis, un trou béant. Une crevasse sur la trace, un demi-mètre à franchir. J’hésite un peu, que faire (de moi et de mes skis) ? En skis, rien à faire, ça le fait pas. Finalement j’opte pour le saut les skis à la mains, non sans avoir demandé à José un peu de mou sur la corde ! Mes compagnons de cordée font de même. Et nous voici sortis de ce parcours chaotique. Nous croisons les premières cordées qui redescendent du sommet. Il nous reste une dernière pente de neige à gravir, en skis, pour arriver au refuge. Neige qui commence à sérieusement se ramollir sous l’effet du Soleil. Refuge en vue. Il est perché sur un éperon rocheux. Mais, au fait, comment y accède-t-on ? Ça y est, je vois. Une main courante montre le chemin : va falloir grimper pour y arriver ! Nous laissons les skis en bas et franchissons cette ultime obstacle. Nous sommes les premiers. Il est midi et demi. Six heures de montée, 1800 mètres de dénivelés. Je me sens beaucoup plus en forme qu’après les 2100 mètres pour arriver au refuge du Promontoire dans le tour de la Meije...

L’après-midi passe lentement sous un beau Soleil, en farniente. José me propose de revoir le mouflage, mais l’envie n’y est pas, surtout au milieu de tout ce peuple. Sieste sur un banc, donc, allongé au Soleil, avec vue sur le glacier des Bossons et la face ouest de l’Aiguille du Midi. Le glacier est superbe : des blocs de la taille d’un immeuble émergent ça et là. Un univers de glace. Vue sur le sommet du Mont Blanc aussi, sur la « piste » de descente sur laquelle le flot des skieurs ne semble jamais vouloir se tarir : combien étaient-ils là-haut ? Le flux des skieurs qui montent au refuge, à contre-courant, donc, dure lui aussi une bonne partie de l’après-midi. Nous serons environ soixante-dix ce soir. Des amis de José, italiens, arrivent, après avoir suivi le même chemin que nous, mais en étant partis plus tard. Peu de monde, finalement, sera parti du bas : la plupart ont pris le téléphérique de l’Aiguille du Midi jusqu’au premier tronçon, pour rejoindre le glacier des Bossons en traversée sous l’Aiguille. Ce petit subterfuge permet d’éviter les mille mètres de dénivelé les plus pénibles... Mais il faut alors mettre l’éthique dans sa poche, le temps de...

Les toilettes valent le détour : une cabane, à côté du bâtiment principal, qui pendouille à moitié sur le vide, vide qui donne sur la paroi dominant le glacier des Bossons. Un simple trou dans la dalle, avec vue sur la paroi souillée une dizaine de mètres en contrebas. Pas besoin de chasse d’eau, la pesanteur se charge de l’évacuation. Je me demande quel est l’impact écologique de ce genre de chose... Pas de bactéries dans les glaciers pour aider à décomposer tout ça, où se termine la course de ces « offrandes » que les alpinistes laissent à la montagne ? Pourquoi chacun ne remporterait-il pas tout ça chez lui ?

Dans la salle principale, réfectoire, où je me suis posé pour coucher ces quelques réflexions sur le papier, sur un pan de mur trône une collection de trophées divers et variés que le gardien a glané au fil des ans et des rencontres. Parmi eux, l’affiche dédicacée du record « mondial ! » de l’aller-retour Chamonix-Mont Blanc-Chamonix en ski de rando : 5h15 ! Ce sont Stéphane Brosse et Pierre Gignoux qui s’y sont collés en 2003. 5h15, pour moi, un horaire pareil, c’est complètement surréaliste !

Le refuge vit. Soixante-dix personnes, dont une majorité d’italiens (à vue de nez, en tout cas, car on entend surtout des italiens), ça fait du brassement d’air ! Léger manque un peu de convivialité, on est loin de la formidable connivence rencontrée au Promontoire ou à la Dent Parrachée... Ici c’est chacun dans son coin. Les gardiens sont deux, deux jeunes tout sourire qui semblent heureux d’être là... L’attente touche à sa fin. Bientôt l’heure de la soupe, 18h. Après quoi ce sera dodo, pour un réveil collectif à 1h. Dehors, les nuages arrivent.


La suite de ces aventures a été écrite un peu partout à mon retour ici-bas (train, RER...) dès qu’un moment de libre se dessinait à l’horizon...


Samedi soir. 20h. Nous réussissons enfin à payer, condition sine qua non pour aller nous coucher. Je suis fourbu. J’ai l’impression de m’endormir relativement vite. Et puis je me suis réveillé pour je ne sais quelle raison ; impossible de me rendormir. Après avoir tournicoté dans tous les sens, j’ai fini par regarder ma montre : 23h29. Encore une heure et demi à dormir. Cette bonne nouvelle m’a rendormi. Je crois.

 Dimanche 11 juin 2006

Réveil général à 1h. P’tit déj’. La salle à manger est littéralement prise d’assaut. Plus de place. Nous emportons notre plateau sur les tables de la terrasse, dehors. On est à 3051 mètres, il est 1h du mat, il ne fait même pas froid. Quelques étoiles scintillent au-dessus de notre tête, la Lune, qui nous est cachée, brille néanmoins de sa pleine face. Nous terminons notre deuxième bol de thé et ultime tartine de confiture à l’intérieur, sur une table libérée.

C’est hallucinant de voir comment les gens se comportent dans l’exiguïté du refuge et les préparatifs frénétiques du départ. Comme si quelque urgence les appelait quelque part. Dans la salle du matos, règne le chaos, chacun chausse ses pompes et enfile son baudard sans se soucier le moins du monde de ses voisins. Nous patientons un peu devant un tel capharnaüm. Il y en a même un qui enfile ses skis sur son sac à l’intérieur ! Le Mont Blanc mérite-t-il de voir pareils abrutis accrochés à ses flancs ?

Le refuge se vide aussi vite qu’il s’était empli lentement. Wlouff. Comme si l’on avait soudainement retiré un quelconque bouchon d’évacuation. Le calme revient, mais nous n’en profiterons pas, car nous partons, nous aussi ! Petite désescalade à la frontale pour rejoindre nos skis qui nous attendent bien sagement sur le glacier. 2h12. Nous partons, skis aux pieds, frontale vissée sur la tête. Un tas de clampins nous précède, un autre nous suit. Nous traversons un glacier peu tourmenté pour attaquer la pente qui mène vers l’arête nord du Dôme du Goûter. Itinéraire alternatif, « Voie Royale » un peu plus raide que par les classiques « Grandes Montées » qui se trouvent exposées aux imprévisibles chutes de séracs. La majorité du peuple a décidé de faire comme nous. La trace est faite, une quinzaine de skieurs nous y précédent. Malgré un rythme tranquille afin d’économiser notre souffle, nous rattrapons ce petit monde, et devons patienter, derrière. La pente se redresse, il faut troquer les skis contre les crampons. Suivre la colonne dans la trace est un peu pénible : je n’arrête pas de taquiner celui qui me précède avec la pointe des skis qui dépasse du sac. José se la joue contestataire et monte à côté. Je ne tarde pas à faire de même. Depuis la crête où nous crapahutons dans la nuit, les lumières des frontales de ceux qui sont dans la « Voie Normale », tout en dessous de nous, ressemblent a des petites lucioles perdues dans l’obscurité.

Le ciel s’éclaircit peu à peu vers l’est, les aiguilles acérées du massif se détachent, noires et verticales, sur un ciel tout empourpré, tandis que Vénus émerge au-dessus du glacier des Cosmiques brillante de mille feux. Seule une lueur incongrue reste attachée au sommet de l’Aiguille du Midi, gare d’arrivée du téléphérique, et petit rappel que cette foutue civilisation n’est décidément pas loin. Pas loin du tout, puisqu’elle est arrivée jusque là. Aiguille du Midi dont le flanc sud se pare d’une lueur blafarde. La Lune, pas loin d’être pleine, illumine ces parois d’une irréelle blancheur. Mais elle nous restera cachée, à nous, petits alpinistes en quête d’altitude. C’est que, parfois, la Lune est timide. Mais si.

Je continue de mettre mes pieds l’un devant l’autre, et de m’élever un peu plus à chaque pas. La pente est raide, mais pas dramatiquement. Tant que c’est en neige, tout va bien. Sauf que, voilà. Voilà une plaque de glace qui brille dans le halo de ma frontale. C’est idiot, mais je sens la sueur perler et le pouls s’accélérer. Manque d’habitude. Le rythme se ralentit, de l’énergie se perd pour rien. La glace ne dure pas, la neige revient. Ce petit jeu dure sur 500 mètres. Je me sens en pleine forme. Une équipe d’italiens reprend la tête du convoi. J’ai la pêche, mais je me garde de gambader à droite et à gauche comme un lapin : ce n’est pas terminé, loin s’en faut. José, lui, a vraiment la pêche ! Petite pause en arrivant au sommet de la pente raide. Il fait jour désormais, je range la frontale. Petit contournement de crevasse pour entamer la dernière ligne droite avant l’épaule du Goûter.

Là, pause générale pour remettre les skis, le temps de traverser jusqu´au col du Goûter, sous la cabane Vallot.

Lever de soleil sur l’épaule du Dôme du Goûter.

Le Soleil en profite alors pour émerger de l’horizon dans un ciel limpide. Instant magique. Le manteau de glace de la face nord du Mont Blanc, s’habille aussitôt d’un superbe manteau d’or. Le phare orangé qui grandit d’instant en instant s’élève dans un ciel d’orient bardé d’un dégradé de mille couleurs, du pourpre à l’azur. La neige se pare de reflets dorés tout autour de nous.

Nous reprenons notre progression. La lumière du jour s’affûte de plus en plus. La traversée vers le col est quasiment horizontale. Ce col du Goûter est incroyablement vaste, il est le point de ralliement de trois « voies normales » : celle des Grandes Montées avec ses séracs, celle que nous avons suivi, et celle provenant du refuge du Goûter, la voie classique estivale. De fait ce sont des alpinistes à pieds qui viennent de là. Le dénivelé y étant moindre, les premières cordées arrivent au sommet alors que nous débouchons à peine au col. Quant à moi, je commence à ressentir une inhabituelle fatigue. Nous sommes à 4200 mètres. Encore cent cinquante mètres, dont une cinquantaine en crampons, et nous voilà au refuge Vallot. La légende veut qu’il serve de dépotoire aux touristes-alpinistes, je ne pourrais pas le vérifier, car il est fermé pour rénovation. Ben oui, même là, ça arrive. La petite troupe fait une pause, les uns pour enfiler un sur-pantalon - le vent se fait de plus en plus glacial -, les autres pour s’enfiler deux raisins secs et trois amandes. Le vent. Je le vois venir. Avec mes skis en guise de bannière sur mon sac, il me secoue déjà ; il va bien réussir à me foutre par terre, quand je serais là-haut, sur l’arête, et donc directement sous son emprise. Je sens que ça va être folklorique. Mais chaque chose en son temps. Je repars doucement, je commençais à sérieusement me cailler dans l’attente. Les autres suivent.

L’arête des Bosses la bien nommée. La trace, large et confortable, sentier de glace et de neige, serpente entre pentes, replats, et séracs. Paysage glacial. De glace. Et de neige. Peu de rocher. Paysage polaire. Montée sur l’arête des Bosses... Rien de bien difficile : il suffit de suivre la trace, ce fil d’Ariane qui mène indéniablement droit au sommet. Un pied devant l’autre, pas de grandes enjambées, impossible, seulement un pied devant l’autre, c’est tout. Et petit à petit, je m’élève. Même si l’impression de faire du sur-place, sans pour autant pouvoir augmenter le rythme de quelque façon, est flagrande. À tel point que je ne cesse de me retourner pour voir si mes poursuivants n’en ont pas marre de se trainer derrière moi... Mais non, chacun est affairé à ses petits pas, sans prêter attention aux miens, de petits pas. D’ailleurs ils ne sont pas directement sur mes talons, je ne gêne donc personne. Seraient-ils tous dans le même état que moi ? Une fatigue physique intense, comme si chacune de mes jambes, que je dois soulever et déplacer légèrement dans le processus de la marche ascensionnelle, était en plomb. Absolument impossible de faire des grands pas. Mon regard reste fixé sur l’endroit où je vais devoir placer le pied suivant. De temps en temps seulement je jete un œil rapide autour de moi. Au-dessus pour avoir une idée de ce qui m’attend, derrière moi, pour voir si je ne gêne personne, et parfois sur le paysage qui m’entoure. Je garde quand même assez de lucidité pour étudier la face nord que nous avons prévu de descendre à ski. Pas si raide que ça, mais il faudra louvoyer entre les murs de glace et les barrières de séracs. Mieux vaut étudier le passage de loin. Le vent d’est rend parfois chaque pas un peu plus pénible. Il me glace le corps et m’anesthésie le visage. Je m’aperçois qu’un filet de morve s’envole dans les rafales. Je l’essuie d’un revers de ma moufle. Si je m’arrête trop longtemps pour reprendre mon souffle ou essayer d’ingurgiter trois raisins secs, le froid me saisit. Je n’ai pas pensé prendre de sur-pantalon ou de polaire en plus. J’essaye de focaliser mon esprit. Me remémorant les récits que j’ai lu sur la haute altitude, j’essaye de récite