S'adapter à la canicule
Le réchauffement climatique avance, inexorablement, distribuant son lot de pluies diluviennes, canicules, sécheresses. Entre bien d’autres « effets » désagréables tout à fait prévus[1]. J’habite sur un versant de la vallée de l’Yvette, suffisamment en altitude par rapport à la rivière pour être à l’abri de ses caprices. De plus en plus fréquents : les crues centenales deviennent décennales. Les pluies diluviennes inondent parfois les caves de ma résidence, mais au pire nous avons eu 20 cm d’eau. Un bain de pieds.
En revanche les canicules frappent sans discernement. Nous avons un appartement dans un angle nord-ouest avec une baie vitrée à l’ouest. Et pas de volets. Jusque là, nous survivions avec des rideaux occultants, juste derrière les vitres, qui permettent malgré tout de minimiser l’impact solaire. Une discipline journalière : fenêtres grandes ouvertes le matin tôt, ce qui permet de s’approcher à environ 2 °C au-dessus de la température extérieure. Pas moins malgré les fenêtres ouvertes entre les pièces à l’ouest et au nord faisant ainsi circuler l’air un minimum. Convection forcée. Nous parvenions à garder un peu moins de 30 °C quand il faisait plus de 35 °C dehors. Mais les nuits restaient chaudes.
Je réfléchissais à comment faire mieux. Il y a certes les volets à faire installer, si possible avec des lames orientables, et... blanc (qui n’est pas la couleur obligatoire dans la résidence, plutôt un vieux marron foncé pisseux...). Je n’ai pas testé les stratégies reposant sur la chaleur latente de vaporisation de l’eau, pour rafraichir. Il semblerait que les serviettes mouillées sur les fenêtes (ou devant un ventilateur), ou encore les rideaux mouillés donnent des résultats intéressants.
L’année dernière j’avais vu passer l’article de Reporterre sur les ventilateurs de plafond. Nous avions donc en tête de tester cette solution.
Et puis lors de la canicule de mai dernier, sur Mastodon, la révélation : apposer des couvertures de survie sur les fenêtres ! Simple, facile à mettre en œuvre et terriblement efficace. Lors du premier weekend de la canicule « TotalÉnergie 1 » de mai dernier, j’ai acheté un stock de couvertures de survie. Que j’ai découpé exactement à la dimension des carreaux extérieurs. J’ai voulu les scotcher, mais en fait elles tiennent très bien sans. Il suffit de mouiller la fenêtre et la fine pellicule de la couverture se « colle » au carreau par capillarité. En mouillant l’autre côté, on peut maroufler[2] délicatement avec une raclette à vitre pour l’étendre proprement. Attention de bien mettre le côté argenté vers l’extérieur ! Le mieux étant de poser ces couvertures de survie sur l’extérieur des fenêtres pour éviter que celle-ci chauffent et ne rayonnent ensuite en infrarouge (rayonnement thermique) vers l’intérieur. L’idée est de refléter l’énergie solaire.

Figure 1:Le plus long est de découper les couvertures de survie à la bonne taille. Il faut faire cela soigneusement. Il vaut mieux prévoir quelques millimètres de moins que la taille de la vitre, afin que la couverture « colle » parfaitement.
En couvrant ainsi environ 3/4 des fenêtres, nous avions maximum 24 °C en fin d’après-midi soit une dizaine de degrés de moins que dehors. C’est donc très efficace. En début de semaine, j’ai recouvert les deux fenêtres restantes. Seul le haut des baies vitrées reste libre. Pour le moment, cela permet de gagner environ 10 °C par rapport à l’extérieur. Évidemment, cette technique ne refroidit pas, elle permet seulement d’éviter que la chaleur rentre.

Figure 2:L’ensemble de la baie vitrée vue de l’extérieur. Seule la partie supérieure n’est pas recouverte.
À l’intérieur, il ne fait pas nuit noire car la couverture de survie transmet une fraction du rayonnement incident. L’ambiance est crépusculaire. On a même une vue sur le paysage s’il fait plein jour.

Figure 3:La fenêtre recouverte, en bas, n’occulte pas la totalité de la lumière. Une pénombre règne à l’intérieur.
Nous avons également installé un ventilateur de plafond dans la salle principale, pour tester avant d’en mettre dans les chambres. Cela ne change pas la température de la pièce, mais cela créé un courant d’air qui augmente significativement le bienêtre. C’est l’effet windchill ou refroissement éolien. On s’attend également à ce que cela diminue la gêne due aux moustiques (Carrasco-Tenezaca et al. (2023)). À suivre...

Figure 4:Après étude de la myriade de modèles qui existent, nous avons jeté notre dévolu sur un modèle Casafan avec un moteur DC, de 132 cm de diamètre et de faible puissance (30 W max), réversible et avec plusieurs niveaux de vitesses..

Se dire que ces vagues de chaleur, celle de mai, celle de juin (en ce moment), seraient beaucoup moins intenses ou n’existeraient simplement pas si l’humanité avait fait d’autres choix est assez enrageant. Si ceux qui dirigent avaient fait d’autres choix... Ce n’est pas une fatalité, seulement le résultat sédimenté de (mauvaises) décisions successives. Ce n’est pas comme un astéroïde qui nous tombe naturellement dessus !
Maroufler : Lisser un placage sur son support de manière à chasser toutes les bulles d’air qui pourraient rester prisonnières entre le placage et son support. (wiktionnaire).
- Carrasco-Tenezaca, M., Jawara, M., Lee, D. S.-H., Holmes, M. S., Ceesay, S., McCall, P., Pinder, M., D’Alessandro, U., Knudsen, J. B., Lindsay, S. W., & Wilson, A. L. (2023). Effect of Passive and Active Ventilation on Malaria Mosquito House Entry and Human Comfort: An Experimental Study in Rural Gambia. Journal of the Royal Society Interface, 20(201), 20220794. 10.1098/rsif.2022.0794