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Les inégalités

Un cours sur les enjeux écologiques ne peut se passer d’une introduction sur les inégalités sociales au sein de la société humaine. Celles-ci sont vastes : inégalités de richesse, de revenus, d’accès à la culture, aux loisirs, de santé, de genre, de handicap, d’âge, racistes, d’orientation sexuelle, écologiques, etc. Chaque domaine fait l’objet d’études sociologiques spécifiques, qui peuvent être liées les unes aux autres. Nous nous limiterons ici à quelques notions autour des inégalités écologiques et de richesse.

1Qu’est-ce qu’une inégalité ?

Selon l’Observatoire des Inégalités, on peut parler d’inégalités « quand une personne ou un groupe détient des ressources, exerce des pratiques ou a accès à des biens et services socialement hiérarchisés », sous-entendu « et qu’une partie des autres ne détient pas ».

2Les inégalités environnementales

Toute l’humanité est soumise aux catastrophes écologiques engendrées par le dépassement des frontières planétaires. Mais toute la population n’est pas affectée de manière similaire. Inversement, toute l’humanité contribue au dépassement des frontières planétaires, mais, là encore, pas de manière équilibrée.

Dans ce contexte, l’environnement est :

l’ensemble des conditions naturelles (physiques, chimiques, biologiques) et culturelles (sociologiques) susceptibles d’agir sur les organismes vivants et les activités humaines.

Le grand Robert de la Langue française, Paris, Robert, 2001.

2.1Différentes catégories

On distingue plusieurs catégories d’inégalités environnementales (Larrère (2022),Guivarch (2025)) :

2.2Les inégalités de richesse

La figure 1 montre l’histogramme de la richesse en fonction de la fraction de la population pour chaque tranche de 1 %. La richesse est la somme des revenus annuels (salaires plus intérêts et dividendes[1]) et de la capitalisation à savoir les économies et le patrimoine. La moyenne mondiale est de 16 700 €/an de salaire annuel plus 72 900 € de patrimoine.

Histogramme de la richesse pour laquelle est comptabilisée
le revenu annuel
(salaires, intérêts et dividendes) auquel s’ajoute la capitalisation
(les économies et le patrimoine), en fonction de la fraction de la population. Source : World Inequality Report

Figure 1:Histogramme de la richesse pour laquelle est comptabilisée le revenu annuel (salaires, intérêts et dividendes) auquel s’ajoute la capitalisation (les économies et le patrimoine), en fonction de la fraction de la population. Source : World Inequality Report

On constate une très grande inégalité dans la richesse car le graphe est très dissymétrique : la richesse est concentrée dans très peu de personnes, quand une grande majorité de personnes en détient très peu.

La Banque Mondiale fixe en 2022 le seuil de pauvreté à 2,15 $/jour soit environ 1,9 €/jour ou encore 57 €/mois ou 690 €/an. Environ 700 millions de personnes vivent ainsi dans l’extrême pauvreté (8,5 % de la population mondiale).

Pour comparaison, le seuil de pauvreté en France est fixé à 60 % du salaire médian, soit 1216 €/mois en 2022. En 2022, en France, 9,1 millions de personnes vivent sous ce seuil (13,4 % de la population).

La figure 1 montre également que la moitié la plus pauvre de la population mondiale détient seulement 2 % de la richesse totale. Inversement, les 1 % les plus riches détiennent 38 % des richesses. Les 10 % les plus riches ont 75 % des richesses.

2.3Un indicateur d’inégalités

Il est intéressant de pouvoir quantifier les inégalités. Il existe différents indicateurs pour cela, mais celui qui est le plus répandu est l’indice de Gini (voir l’annexe) : un indice de 0 indique une parfaite égalité (par exemple que tout le monde a la même quantité de richesses), un indice de 1 une parfaite inégalité (une personne dispose de toutes les richesses, les autres n’ont rien).

La figure 2 montre l’évolution de l’indice de Gini global sur les revenus dans le monde entre 1820 et 2020. Cet indice est passé d’environ 0,6 en 1820 à environ 0,7 en 1910, puis s’est stabilisée autour de 0,7 entre 1910 et 2000 avant d’amorcer une baisse pour arriver à 0,67 en 2020.

L’évolution des inégalités mondiales mesurée par l’indice de
Gini. Source :  .

Figure 2:L’évolution des inégalités mondiales mesurée par l’indice de Gini. Source : Chancel et al. (2021).

La figure 3 montre les indices de Gini pour différents pays.

Indice de Gini pour différents pays.  La France est à 0,32,
les États-Unis à 0,41, la Finlande et l Norvège à 0,28, le Brésil,
la Colombie à 0,52... Source : Our World in Data.

Figure 3:Indice de Gini pour différents pays. La France est à 0,32, les États-Unis à 0,41, la Finlande et l Norvège à 0,28, le Brésil, la Colombie à 0,52... Source : Our World in Data.

La figure 4 montre l’évolution de l’indice de Gini du niveau de vie pour la France entre 1970 et 2022. La tendance entre les années 1970 et la fin des années 1990 est à la baisse, c’est-à-dire une baisse des inégalités : les revenus des pauves et des riches avaient tendance à se rapprocher. Mais depuis 1996, la tendance s’inverse et l’indice de Gini se remet à augmenter fortement jusqu’en 2011. Depuis 2021, après quelques années de stagnation, il se remet à augmenter pour atteindre[2] 0,294 en 2022. Comme le souligne Observatoire des Inégalités : « Les plus riches prospèrent grâce à des revenus financiers en hausse et à la suppression de la taxe d’habitation, tandis que la pauvreté continue de s’accroitre. »

Indice de Gini du niveau de vie pour la France entre 1970
et 2022, après impôts et prestations sociales. Avant 1996 l’indice
est calculé sans les revenus financiers. Après 1996 il est calculé
avec les revenus financiers. Les deux séries ne sont pas directement
comparables dans leurs valeurs, néanmoins leurs tendances le sont.  Source :
INSEE.

Figure 4:Indice de Gini du niveau de vie pour la France entre 1970 et 2022, après impôts et prestations sociales. Avant 1996 l’indice est calculé sans les revenus financiers. Après 1996 il est calculé avec les revenus financiers. Les deux séries ne sont pas directement comparables dans leurs valeurs, néanmoins leurs tendances le sont. Source : INSEE.

2.4Les inégalités écologiques

Il s’agit des inégalités de responsabilité dans les catastrophes écologiques.

2.4.1L’empreinte matière

La figure 5 montre la quantité de matière utilisée chaque année par personne dans le monde en fonction du produit intérieur brut (un indicateur de la richesse) par personne.

L’empreinte matière (MF — material footprint) par personne
dans le monde en fonction du produit intérieur brut (PIB) par personne
pour 122 pays. Chaque point représente un pays pour une année (entre 1990 et 2015). Les couleurs indiquent les  niveaux de développement des pays.
Le PIB/habitant de la France est de 44 460 dollars en
2024. L’empreinte matière est de 13,4 t/hab. Source : .

Figure 5:L’empreinte matière (MF — material footprint) par personne dans le monde en fonction du produit intérieur brut (PIB) par personne pour 122 pays. Chaque point représente un pays pour une année (entre 1990 et 2015). Les couleurs indiquent les niveaux de développement des pays. Le PIB/habitant de la France est de 44 460 dollars en 2024. L’empreinte matière est de 13,4 t/hab. Source : Charlier & Fizaine (2023).

L’empreinte matière tient compte non seulement des matières (biomasse, métaux, minerais non métallique, combustibles fossiles) directement contenues dans les produits consommés, mais aussi les matières nécessaires à leur fabrication, intérieure ou importée. En France, cette empreinte est estimée à 13,4 t/hab pour 2022, la moyenne européenne étant de 15 t/hab. Elle a baissé de 15 % entre 2008 et 2022.

Dans le monde, en 2000, 57,4 milliards de tonnes de matières ont été consommées par 6,14 milliards d’êtres humains, soit, en moyenne, 9,34 tonnes par personne. En 2022, 115,2 milliards de tonnes de matières ont été consommées par 8 milliards de personnes, soit 14,4 tonnes par personne. Cela représente une croissance de 54 % de la consommation de matière, en moyenne, par personne en 22 ans, soit 2 % par an.

2.4.2L’extractivisme

Les quantités de matière citées proviennent de l’ensemble de nos consommations liées à nos activités, que ce soit l’énergie, les métaux, les matériaux, la biomasse (le bois notamment), etc. Ces 13,4 tonnes de matières consommées en moyenne par les français proviennent surtout de l’ensemble de la matière extraite du sous-sol de la planète pour produire les matériaux voulus qui sont en petite concentration. On appelle cela l’extractivisme.

Un article dans Le Monde en avril 2025 (Riché (2025)) définit l’extractivisme à travers les propos de la sociologue Maristella Svampa : l’extractivisme est « un modèle d’accumulation fondé sur la surexploitation de ressources naturelles en grande partie non renouvelables ».

Il conclut en disant que la logique extractiviste est un « moteur caché du capitalisme contemporain. » Et que : « deux traits majeurs le définissent : une exploitation des ressources qui ne se préoccupe pas de leur renouvellement et des externalités[3] négatives (pollution, pauvreté...), et un contrôle par des réseaux oligopolistiques[4]. »

Le photographe sud-africain Dillon Marsh a très bien su exprimer cet extractivisme dans des photos de mines où il intègre la quantité de minerai extraite par rapport au volume de la mine (figures 6 et 7).

La mine de Palabora en Afrique du Sud où 4,1 millions de
tonnes de cuivre ont été extraites. La teneur moyenne en cuivre dans
la croûte terrestre est de 55 à 70 g/t ; dans certains sites
miniers cela va jusqu’à 20 kg/t. Source : dillonmarsh.com

Figure 6:La mine de Palabora en Afrique du Sud où 4,1 millions de tonnes de cuivre ont été extraites. La teneur moyenne en cuivre dans la croûte terrestre est de 55 à 70 g/t ; dans certains sites miniers cela va jusqu’à 20 kg/t. Source : dillonmarsh.com

La mine de Koffiefontein en Afrique du Sud, où l’équivalent
de 7,6 millions de carats de diamants a pu être extrait. Source : dillonmarsh.com

Figure 7:La mine de Koffiefontein en Afrique du Sud, où l’équivalent de 7,6 millions de carats de diamants a pu être extrait. Source : dillonmarsh.com

La figure 8 montre que la teneur en cuivre dans différents pays diminue avec le temps, c’est-à-dire avec son extraction. Le filon se raréfie ! La teneur en cuivre des minerais actuellement extraits des mines varie entre 5 % et 0,5 %. Dans le premier cas, cela correspond à 20 tonnes de déchets par tonne de cuivre produite ; dans le second, c’est 200 tonnes de déchets par tonne de cuivre...

Évolution de la richesse du minerai de cuivre extrait dans différents pays. Source : wikipédia.

Figure 8:Évolution de la richesse du minerai de cuivre extrait dans différents pays. Source : wikipédia.

L’extractivisme peut être résumé par le slogan de la campagne des Républicains aux États-Unis en 2008 et repris en 2024 par Donald Trump : « Drill, baby, drill! »[5].

2.4.3L’empreinte carbone

L’empreinte carbone (les rejets de gaz à effet de serre) moyenne individuelle des français est environ de 9 tCO2_2é par an et par personne (ou 6,4 tCO2_2, sans compter les autres gaz à effet de serre). Cette moyenne cache cependant de très grandes disparités (Poidatz (2023)) : les 1 % les plus riches (680 000 personnes) émettent en moyenne dix fois plus de CO2_2 par an (40,2 tCO2_2) que la moitié la plus pauvre (34 millions) des français (3,8 tCO2_2). Les 0,01 % les plus riches (6800 personnes) émettent 261 tCO2_2/an. La plus grande fortune de France, Bernard Arnault, rejette 10 421,3 tCO2é/an (ou bien 8 128,6 tCO2_2/an), soit 1270 fois plus qu’un français moyen (Barros & and Wilk (2021)).

À l’échelle de la planète, la figure 9 montre les inégalités dans les rejets de gaz à effet de serre entre différentes régions du monde en 2019. La moyenne mondiale est de 6,6 tCO2é, celle de l’Europe 9,7 tCO2é ; les extrêmes sont l’Amérique du nord avec 20,8 tCO2é et l’Afrique sub-saharienne avec 1,6 tCO2é.

Inégalités mondiales de rejets de gaz à effet de serre. MENA
(Middle East and North Africa) correspond au Moyen Orient et à
l’Afrique du Nord.
Émissions moyennes de gaz à effet de serre par habitant par
région du monde en 2019. Les valeurs comprennent les émissions
provenant de la consommation intérieure, des investissements publics
et privés ainsi que des importations et exportations de carbone
incorporé dans les biens et services échangés avec le reste du
monde. Le niveau durable (sustainable level) correspond à une
répartition égalitaire du budget carbone restant jusqu’en 2050, soit
300 GtCO_2é pour rester sous 1,5 °C et 900 GtCO_2é pour
rester sous 2 °C. Source : .

Figure 9:Inégalités mondiales de rejets de gaz à effet de serre. MENA (Middle East and North Africa) correspond au Moyen Orient et à l’Afrique du Nord. Émissions moyennes de gaz à effet de serre par habitant par région du monde en 2019. Les valeurs comprennent les émissions provenant de la consommation intérieure, des investissements publics et privés ainsi que des importations et exportations de carbone incorporé dans les biens et services échangés avec le reste du monde. Le niveau durable (sustainable level) correspond à une répartition égalitaire du budget carbone restant jusqu’en 2050, soit 300 GtCO2_2é pour rester sous 1,5 °C et 900 GtCO2_2é pour rester sous 2 °C. Source : Chancel et al. (2021).

La figure 10 montre que si la Chine est actuellement en tête des pays émetteurs de gaz à effet de serre, l’Europe et l’Amérique du Nord se partagent la moitié de la responsabilité historique des rejets.

Inégalités mondiales de rejets de gaz à effet de serre. MENA
(Middle East and North Africa) correspond au Moyen Orient et à
l’Afrique du Nord.
Répartition des émissions historiques (2450 GtCO_2é entre 1850 et 2020) et
actuelles (50 GtCO_2é/an en 2019), et de la population (7,8 milliards de
personnes en 2019) par région du monde. Source : .

Figure 10:Inégalités mondiales de rejets de gaz à effet de serre. MENA (Middle East and North Africa) correspond au Moyen Orient et à l’Afrique du Nord. Répartition des émissions historiques (2450 GtCO2_2é entre 1850 et 2020) et actuelles (50 GtCO2_2é/an en 2019), et de la population (7,8 milliards de personnes en 2019) par région du monde. Source : Chancel et al. (2021).

La figure 11 et la figure 12 montrent que les 50 % les plus pauvres de la planète émettent en moyenne 1,6 tCO2_2é par an et par personne et contribuent à hauteur de 12 % du total des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Les 40 % du milieu émettent en moyenne 6,6 tCO2_2é, ce qui représente 40,4 % du total. Les 10 % supérieurs émettent 31 tCO2_2é (47,6 % du total). Le 1 % supérieur émet 110 tCO2_2é (16,8 % du total).

Inégalités mondiales de rejets de gaz à effet de serre.  Rejets de gaz à effet de serre en tCO_2é par groupes de personnes en 2019. Source : .

Figure 11:Inégalités mondiales de rejets de gaz à effet de serre. Rejets de gaz à effet de serre en tCO2_2é par groupes de personnes en 2019. Source : Chancel et al. (2021).

Inégalités mondiales de rejets de gaz à effet de serre. Contribution par groupes de personnes aux rejets mondiaux de
gaz à effet de serre en 2019. Source : .

Figure 12:Inégalités mondiales de rejets de gaz à effet de serre. Contribution par groupes de personnes aux rejets mondiaux de gaz à effet de serre en 2019. Source : Chancel et al. (2021).

L’inégalité des émissions de carbone au niveau mondial est donc très grande : près de la moitié de toutes les émissions sont dues à un dixième de la population mondiale, tandis que la moitié inférieure de la population contribue à peine plus de 10 % des rejets totaux. Un centième seulement de la population mondiale (77 millions d’individus) émet plus (16,8 % contre 12 %) que toute la moitié inférieure de la population (3,8 milliards d’individus). Les 0,01 % les plus riches (780 000 personnes) sont responsables de 3,9 % des émissions totales soit en moyenne 2531 tCO2_2é/personne.

Ces travaux (Chancel et al. (2021)) montrent donc des inégalités très marquées dans la responsabilité des rejets de gaz à effet de serre qui sont à l’origine du réchauffement climatique.

2.5Les inégalités d’exposition et de vulnérabilité

2.5.1En lien avec le climat

La figure 13 montre que les pays principalement responsables des émissions de gaz à effet de serre sont les États favorisés[6] tandis que les États émergents et précaires (dits du Sud global) sont, inversement, ceux qui sont le plus exposés aux conséquences du réchauffement climatique (figure 15) ainsi que ceux qui sont le plus vulnérables (figure 16). La vulnérabilité est la facilité à subir des dommages. Ces cartes montrent que les pays les plus vulnérables sont aussi ceux qui sont le plus exposés. Cette combinaison exposition-vulnérabilité est très mortifère. Ces cartes sont à superposer avec la carte des richesses par pays (figure 14).

Carte des rejets moyens de CO2 (en t) par personne
pour les différents pays. Source : Our World in Data

Figure 13:Carte des rejets moyens de CO2 (en t) par personne pour les différents pays. Source : Our World in Data

Classification de la richesse des pays selon leur revenu national brut par habitant en quatre catégories par la Banque Mondiale.Source : Our World in Data.

Figure 14:Classification de la richesse des pays selon leur revenu national brut par habitant en quatre catégories par la Banque Mondiale.Source : Our World in Data.

Exposition aux risques de mortalité pour l’humanité dans un
scénario de réchauffement climatique à 2,4 - 3,1 °C. Les
couleurs indiquent le nombre de jour par année où la combinaison de
la température élevée et de l’humidité élevée entraine un risque de
mortalité pour les humains. Source :  d’après .

Figure 15:Exposition aux risques de mortalité pour l’humanité dans un scénario de réchauffement climatique à 2,4 - 3,1 °C. Les couleurs indiquent le nombre de jour par année où la combinaison de la température élevée et de l’humidité élevée entraine un risque de mortalité pour les humains[7]. Source : Guivarch (2025) d’après Calvin et al. (2023).

Carte de la vulnérabilité humaine observée sur la base de
deux systèmes d’indicateurs mondiaux complets utilisant des données
nationales. Source :  d’après .

Figure 16:Carte de la vulnérabilité humaine observée sur la base de deux systèmes d’indicateurs mondiaux complets utilisant des données nationales. Source : Guivarch (2025) d’après Ipcc (2023).

2.5.2Autres pollutions

Les inégalités d’exposition et de vulnérabilité ne se limitent pas qu’aux conséquences du réchauffement climatique. Les pollutions chimiques toxiques affectent également préférentiellement les populations qui subissent les plus grandes inégalités, comme les Afro-américain·es aux États-Unis (Larrère (2022)). Par exemple, en 2005, c’est cette population, majoritairement pauvre et donc vivant dans les quartiers les plus inondables, qui subit de plein fouet l’ouragan Katrina dans la ville de la Nouvelle-Orléans. Les catastrophes industrielles comme celle de Seveso[8] en Italie en 1976 ou celle de Bhopal, en Inde en 1984, et bien d’autres, exposent les populations les plus vulnérables, ce sont elles qui sont les premières victimes.

Les expositions durables aux pollutions (chimiques, mais aussi sonore le long des axes routiers, aux aérosols en ville, etc.) sont également majoritairement le fait des populations les plus pauvres, donc les plus vulnérables et les moins résilientes (Larrère (2022)). Voire les plus ostracisées (racisme environnemental) : en France, par exemple, les aires d’accueil pour les gens du voyage se situent très souvent à proximité de sources de nuisances ou de pollutions (Acker (2021)).

La figure 17 montre un autre exemple d’exposition à la pollution, celle des particules fines[9]. En l’occurrence, comme le seuil maximal d’exposition à long terme recommandé par l’OMS est de 5 µg/m3, la quasi-totalité des pays du monde est au-dessus de ce seuil, mais certains le sont plus que d’autres (Afrique sub-saharienne, Moyen-Orient, Inde...).

Carte des niveaux moyens d’exposition des populations, par pays, aux particules fines (PM2,5) en µg/m3 ; les données sont de 2019. Source.

Figure 17:Carte des niveaux moyens d’exposition des populations, par pays, aux particules fines (PM2,5) en µg/m3 ; les données sont de 2019. Source.

Autre exemple, la figure 18 montre le taux de mortalité dû à l’exposition au plomb. Les pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie sont encore les plus touchés.

Taux de mortalité dû à l’exposition au plomb, en 2021 (nombre de morts pour 100 000 personnes). Source : Our World in Data.

Figure 18:Taux de mortalité dû à l’exposition au plomb, en 2021 (nombre de morts pour 100 000 personnes). Source : Our World in Data.

2.5.3Localement : les îlots de chaleur urbains

Plus près de nous, les épisodes caniculaires se traduisent par des îlots de chaleur dans les villes à cause de leur configuration. On définit un indice d’îlot de chaleur comme la différence entre les températures minimales (nocturnes) en ville et dans la campagne environnante. La figure 19 montre l’indice d’îlot de chaleur urbaine à Lyon pendant l’été 2017. Et la figure 20 montre que les moins aisés subissent plus la chaleur urbaine : habitat dans des zones moins végétalisées, quartiers plus denses, logements plus hauts et plus anciens, etc.

Indice d’îlot de chaleur nocturne, été 2017, à Lyon et sa périphérie.
Source : INSEE.

Figure 19:Indice d’îlot de chaleur nocturne, été 2017, à Lyon et sa périphérie. Source : INSEE.

Indice d’îlot de chaleur urbain par dixième de niveau de vie et par ville pour Lyon, Montpellier, Marseille, Strasbourg et Nice en 2017. Source : INSEE.

Figure 20:Indice d’îlot de chaleur urbain par dixième de niveau de vie et par ville pour Lyon, Montpellier, Marseille, Strasbourg et Nice en 2017. Source : INSEE.

2.6Les inégalités d’accès aux ressources

Larrère (2022) mentionne également en plus des inégalités d’exposition, les inégalités d’accès aux ressources naturelles : l’eau potable (figure 21), l’énergie, mais aussi les aménités (c’est-à-dire ce qui est agréable) comme la proximité des espaces verts en ville (figure 22). Cette proximité étant monopolisée par les plus fortunés.

Nombre de personnes par pays n’ayant pas accès à une source d’eau potable salubre (2022) à savoir  eau courante, forage, puits, source protégée, etc. Source : Our World in Data.

Figure 21:Nombre de personnes par pays n’ayant pas accès à une source d’eau potable salubre (2022) à savoir eau courante, forage, puits, source protégée, etc. Source : Our World in Data.

Comparaison entre l’index de végétation (en 2022) et les classes de revenus moyens (2019) à Bruxelles. Plus c’est bleu foncé, plus c’est végétalisé (à gauche) ou riche (à droite).
Source : Greeningthecity.

Figure 22:Comparaison entre l’index de végétation (en 2022) et les classes de revenus moyens (2019) à Bruxelles. Plus c’est bleu foncé, plus c’est végétalisé (à gauche) ou riche (à droite). Source : Greeningthecity.

Les inégalités écologiques sont très souvent cumulées ou calquée sur les inégalités sociales.

3La violence

3.1Les inégalités engendrent de la violence

Il est assez clairement établi par les scientifiques que les inégalités engendrent de la violence. Quelques résultats en ce sens : la figure 23 montre une corrélation entre le taux d’homicides et la part de revenus captés par la population la plus riches dans plusieurs pays. Cette étude montre qu’il y a, en moyenne, 5 à 30 fois plus d’homicides par an dans les pays les moins égalitaires par rapport aux plus égalitaires. De même, la figure 24 montre la corrélation entre le taux de cambriolages et le taux d’homicides, par pays, en fonction du coefficient de Gini.

Taux d’homicides (nombre d’homicides pour 100 000 habitants) en échelle logarithmique selon le niveau d’inégalités dans le monde (2019) selon la part des revenus captés par les 10 % les plus riches dans le pays, pour différents pays. Les ronds sont proportionnels à la population. Source : Prise de Terre d’après .

Figure 23:Taux d’homicides (nombre d’homicides pour 100 000 habitants) en échelle logarithmique selon le niveau d’inégalités dans le monde (2019) selon la part des revenus captés par les 10 % les plus riches dans le pays, pour différents pays. Les ronds sont proportionnels à la population. Source : Prise de Terre d’après Støstad & Cowell (2024).

Lorsque les privations ou les inégalités sont importantes, les individus désespérés sont plus nombreux, d’où un risque d’exploitation plus élevé. Il devient alors avantageux de recourir à la violence, afin d’envoyer un “signal de fermeté” aux exploiteurs[10].

Prise de Terre d’après de Courson et al. (2023).

Taux de cambriolages et taux d’homicides (en échelles logarithmiques) en fonction du coefficient de Gini pour différents pays. Source : .

Figure 24:Taux de cambriolages et taux d’homicides (en échelles logarithmiques) en fonction du coefficient de Gini pour différents pays. Source : Fajnzylber et al. (2002).

La conclusion d’une étude (Enamorado et al. (2014)) qui a analysé les liens entre les inégalités et le crime en lien avec la drogue au Mexique au début des années 2000 est :

Nos résultats montrent qu’une augmentation d’un point du coefficient de Gini se traduit par une augmentation de plus de 5 homicides liés à la drogue pour 100 000 habitants entre 2005 et 2010 dans les municipalités Mexicaines[11].

Enamorado et al. (2014)

3.2La violence structurelle

On peut tenter d’expliquer en partie les inégalités dans une société par la violence structurelle définie comme « toute forme de contrainte pesant sur le potentiel d’un individu du fait des structures politiques et économiques. » (Gatelier & Dijkema (2018)). La violence structurelle engendrée par la société elle-même est peu visible contrairement à la violence physique, factuelle. Elle musèle celles et ceux qu’elle affecte en les privant de moyens matériels (revenu, accès à l’éducation, à la santé, etc.) et en les maintenant à des positions sociales peu élevées. « La violence structurelle atteint des éléments essentiels dans l’existence des individus : leur identité sociale, leur autonomie. Elle aggrave leur impuissance. » (Gatelier & Dijkema (2018))

En maintenant structurellement ces inégalités, la société engendre de facto des violences physiques qui sont le fait de ces inégalités.

3.3Les violences basées sur le genre

Les violences basées sur le genre sont tout acte de violence physique, psychologique, sexuelle envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur sexe ou du choix qu’ils ou elles font de leur genre.

Dans le monde 85 000 femmes ont été tuées de manière intentionnelle en 2023 (1 toutes les 10 min !) et le domicile reste « l’endroit le plus dangereux » pour elles, puisque 60 % ont été tuées par « leur conjoint ou d’autres membres de leur famille ».

En France :

Ces violences sont le résultat de profondes inégalités entre les femmes et les hommes au sein de la société. Des observateurs de ces inégalités et de cette violence montrent qu’elle ne faiblit pas en France : « Un sexisme plus fort, toléré et peu contrôlé. » Le sexisme est une « idéologie qui repose sur le postulat de l’infériorité des femmes par rapport aux hommes. » Le sexisme, c’est aussi « un ensemble de manifestations qui ont pour but de délégitimer, stigmatiser, humilier ou violenter les femmes (gestes, propos, coups, viols...). »

4La justice environnementale

La justice environnementale est l’application des règles de la justice à l’environnement et à l’écologie. Elle découle de la prise en compte de l’environnement, notamment des services écosystémiques qu’elle considère comme du « bien commun ». Elle concerne également les effets du réchauffement climatique ; dans ce contexte on parle de « justice climatique ».

La justice environnementale est aussi un mouvement social qui s’attaque à l’injustice qui se produit lorsque des communautés pauvres ou marginalisées sont affectées par des déchets dangereux, l’extraction de ressources et d’autres utilisations du sol dont elles ne bénéficient pas.

Par exemple (figure 25), le film Dark Waters, réalisé par Todd Haynes, sorti en 2019, relate l’histoire (vraie) de l’avocat Robert Bilott qui a dénoncé, à partir de 1999, les rejets toxiques (de PFAS — substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées — des polluants éternels utilisés dans la fabrication du téflon) de l’entreprise chimique DuPont aux États-Unis. Un autre film américain Erin Brockovich, seule contre tous, réalisé par Steven Soderbergh, sorti en 2000, raconte le combat de la juriste Erin Brockovich contre la société Pacific Gas and Electric Company qui polluait des eaux potable avec du chrome dans une région de Californie.

Affiches des films Dark waters et Erin Brockovich.

Figure 25:Affiches des films Dark waters et Erin Brockovich.

La justice environnementale concerne :

Parmi les enjeux de la justice environnementales, citons :

4.1Accès à la justice environnementale

Une autre question est celle de l’accès à la justice environnementale, quand elle commence à être présente dans le droit national. Les populations aborigènes et communautés autochtones, pauvres ou isolées sont par exemple souvent mal représentées devant les tribunaux ou ne connaissent pas leurs droits.

4.2Notre affaire à Tous

Notre Affaire à Tous est une association qui utilise le droit comme un levier stratégique de lutte contre la triple crise environnementale — climat, biodiversité, pollution. Elle défend une vision du droit en faveur de la justice sociale et des communautés premières concernées.

Après avoir obtenu la condamnation de l’État dans la campagne de justice climatique L’Affaire du siècle qui reconnait en 2021 l’inaction de l’État en matière de lutte contre le réchauffement climatique, l’association continue d’agir en justice à l’échelle locale, nationale et européenne. Elle est ainsi à l’origine de recours systémiques contre l’inaction des pouvoirs publics et l’impunité des multinationales.

4.3Droits de la nature

Les droits de la nature ou droits de la Terre sont une théorie juridique et jurisprudentielle[13] qui décrit les droits inhérents associés aux écosystèmes et aux espèces, à l’instar du concept des droits fondamentaux de l’homme.

Quelques avancées, timides, existent dans différents pays. Citons l’Équateur qui a modifié sa Constitution en 2008 pour reconnaitre les droits inhérents à la nature, ou Pachamama. Plusieurs rivières ont acquis des droits légaux, souvent suite à des pollutions (la rivière Turag au Bengladesh, le fleuve Atrato en Colombie, la rivière Marañón au Pérou, etc.). En France, le statut de la rivière Tavignanu en Corse est en train d’être examiné ; celui de la Durance, dans le sud-est également ; le Parlement de la Loire cherche à faire reconnaitre les droits du fleuve : « Et si un fleuve avait la possibilité de s’exprimer et de défendre ses intérêts ? »

Dans un cadre universitaire, le conseil d’administration de l’université Lyon 1 adopte en juillet 2025 un nouveau membre, celui « qui parle pour les loups » : « L’idée sera donc d’aborder chaque point de l’ordre du jour en ouvrant la possibilité de décentrer notre regard intuitivement anthropocentré, et d’interroger le sujet sous l’angle de ses conséquences sur la biodiversité et sur l’environnement, et donc en se faisant, dans la discussion, l’avocat des vivants qui ne parlent pas. » (AEF 736908)

La littérature peut nous aider à appréhender certaines notions qui nous semblent contre-intuitives dans notre culture, comme celle des droits de la nature (figure 26).

Le roman Le parlement de l’eau de Wendy Delorme sorti en 2025 est très beau, magnifiquement écrit avec un regard utopiste, écologiste, humaniste, féministe...

Figure 26:Le roman Le parlement de l’eau de Wendy Delorme sorti en 2025 est très beau, magnifiquement écrit avec un regard utopiste, écologiste, humaniste, féministe...

4.4Désobéissance civile

La désobéissance civile est le refus assumé et public de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent, tout en faisant de ce refus une arme de combat pacifique via des modes d’actions illégaux. Un acte de désobéissance civile se définit selon six critères (Bové & Luneau (2004)) :

  1. c’est un acte personnel et responsable : il faut connaître les risques encourus et ne pas se soustraire aux sanctions judiciaires ;
  2. c’est un acte désintéressé : on désobéit à une loi contraire à l’intérêt général, non par profit personnel ;
  3. c’est un acte de résistance collective : on mobilise dans l’optique d’un projet collectif plus large ;
  4. c’est un acte non violent : on a pour but de convertir à la fois l’opinion et l’adversaire, non de provoquer une répression ou une réponse armée ; toute attaque aux biens ne peut avoir qu’une dimension symbolique ;
  5. c’est un acte transparent : on agit à visage découvert ;
  6. c’est un acte ultime : on désobéit après avoir épuisé les recours du dialogue et les actions légales.

Je pense qu’il y a aussi quelque chose de beau à se dire que lorsque les lois ne sont pas justes, alors on désobéit. Réussir à faire la distinction entre ce qui est légal de ce qui est juste. Ce qui n’est précisément pas la même chose. Là, les lois en place maintiennent l’autodestruction de l’humanité.

Camille Étienne, National Geographic, juillet 2022

Les scientifiques, peu écoutés par les gouvernants ont choisi de pratiquer la désobéissance civile pour trouver un peu d’écho dans la société. Un mouvement international est né, Scientists Rebellion avec une branche française, Scientifiques en rébellion.

Jouissant d’une position associée à un bon niveau de confiance au sein de la société, les scientifiques confèrent respectabilité et confiance à des demandes de changement de trajectoires. Loin de menacer leur crédibilité, de telles revendications pourraient même l’accroitre : plusieurs études suggèrent que les scientifiques apparaissent plus crédibles en agissant en accord avec les alertes écologiques qu’ils peuvent lancer. Il semble enfin que des messages portés par des actions à finalité altruiste présentant un certain risque personnel (de l’inconfort au risque physique) reçoivent un écho favorable auprès du public.

« La désobéissance civile des scientifiques est justifiée sur les plans éthique et pragmatique », tribune Le Monde, septembre 2022

4.5Les Gilets Jaunes en France

La révolte des Gilets Jaunes — du nom des gilets de haute visibilité de couleur jaune portés par les manifestants — est un mouvement de protestation non structuré et apparu en France en octobre 2018. Ce mouvement social spontané trouve son origine dans la diffusion — principalement sur les médias sociaux — d’appels à manifester contre l’augmentation du prix des carburants automobiles issue de la hausse de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Cette taxe est une « taxe carbone » à savoir une taxe environnementale sur les émissions de gaz à effet de serre.

S’opposant au premier abord à une mesure qui pouvait paraitre écologique, le mouvement a été décrit comme anti-écologiste. Levain et al. (2023) montrent qu’il n’en est rien, que la représentation de l’écologie dans le mouvement est similaire à celle du reste de la population.

Plus qu’à une mesure écologique (la taxe carbone), le mouvement s’attaque à l’injustice sociale, au fait que les pauvres doivent payer pour l’incurie des riches. Effectivement, c’est la taxe sur les carburants automobiles qui veut être augmentée, quand l’automobile est nécessaire dans nombre de régions françaises, nombre de métiers, sans moyens de transports alternatifs, dans une société construite et axée autour de la voiture. Inversement, le kérosène, carburant des avions, moyen de transport des plus riches, n’est, lui, pas taxé... Alors que l’avion rejete plus de gaz à effet de serre par passager que la voiture.

5Écoféminisme et patriarcat

L’écoféminisme est né en France en 1974 avec Françoise d’Eaubonne (romancière et philosophe) qui :

estime que le patriarcat n’est pas seulement responsable de l’asservissement des femmes, dont il s’est approprié le corps, mais aussi des désastres écologiques causés par la logique capitaliste.

Larrère (2022)

L’écoféminisme relie les luttes contre la domination des femmes (par les hommes) et contre celle de la nature (par les humains). Il considère qu’il y a des causes communes entre ces deux types de domination. Ainsi, l’écologie nécessiterait de revoir les relations entre les genres, de repenser les dominations patriarcales au même titre que celles des humains sur la nature. Le patriarcat étant un : « type d’organisation sociale où l’autorité domestique et l’autorité politique sont exercées par les hommes chefs de famille ». C’est un mode de pensée de notre société qui est profondément ancré en nous via notre éducation : une réalité construite au fil du temps.

Le capitalisme, responsable de la domination sur la nature, et le patriarcat, responsable de la domination des femmes se nourrissent l’un et l’autre, ils deux faces d’une même pièce.

Le capitalisme sous sa forme actuelle est ainsi structurellement patriarcal : il a fondamentalement besoin de l’appropriation des femmes (de leur travail, de leurs corps, de leurs savoirs, etc), mais aussi d’autres groupes catégorisés comme inférieurs lors des grands moments de l’expansion capitaliste (la nature, les animaux, les personnes racisées,..), pour réaliser des profits et dès lors se reproduire.

Vanden Daelen & Bruneau (2020)

On peut aborder l’écofénimisme par l’art et en particulier le roman. Par exemple, la trilogie de La forêt du Kamouraska (figure 27) de Gabrielle Filteau-Chiba (2018-2019-2021) est une excellente entrée en matière !

6En guise de conclusion...

Résoudre les crises écologiques passe donc par la résolution des inégalités, non seulement de richesse, mais aussi de race, de genre, etc.

6.1Au niveau politique

Quelques pistes institutionnelles et donc politiques pour cela (Hickel (2022)) :

6.2Plus de coopération

Nous pouvons œuvrer à notre échelle en rejoignant des collectifs, ONG, associations, qui luttent contre les inégalités. De nombreux·ses auteur·ices plaident pour un retour de la coopération.

La coopération — humaine — est une cristallisation des liens sociaux qui rend possible un partage de l’intelligence collective en vue de satisfaire nos besoins et de réaliser nos désirs. La confiance — corollaire de la coopération — est une espérance de fiabilité placée dans les conduites humaines qui étend le champ opératoire de la coopération de manière intensive et extensive, dans le temps comme dans l’espace.

Laurent (2024), p. 8

Éloi Laurent plaide (Laurent (2024)) pour un retour de la coopération entre les êtres humains. Coopération qui s’est fortement dégradée au profit d’attitudes collaboratives. La collaboration, c’est « faire ensemble » essentiellement au sein du travail (travailler ensemble), tandis que la coopération, c’est « œuvrer ensemble » (réfléchir ensemble, contempler ensemble, rêver ensemble). Éloi Laurent évoque une crise actuelle de la coopération entre les êtres humains, dont il situe l’origine dans les années 2000 avec l’avènement d’une pratique numérique collaborative. Les smartphones et les réseaux sociaux viennent, de fait, par leur utilisation massive, entraver la coopération. Nous devons réapprendre à coopérer, à tisser des liens sociaux à toutes les échelles de la société depuis la cellule familiale. Les outils numériques évoqués — smartphones et réseaux sociaux — sont désormais phagocytés par l’IA générative et agentive qui vient bouleverser encore plus nos relations humaines. Nous devons trouver des leviers pour y faire face et renouer avec la coopération. Y compris avec les êtres vivants non-humains.

Footnotes
  1. Un dividende est un versement d’une partie des bénéfices d’une entreprise à ses actionnaires.

  2. Cette valeur est différente de celle de la carte de la figure 3 (0,32) à cause de méthodes et de périmètre de calculs différents.

  3. En économie, une externalité est un effet sans contrepartie monétaire qui a une utilité (externalité positive) ou qui est un dommage (externalité négative).

  4. Une situation d’oligopole se rencontre lorsqu’il y a, sur un marché, un nombre faible d’offreurs (vendeurs) disposant d’un certain pouvoir de marché et un nombre important de demandeurs (clients).

  5. Creuse, bébé, creuse !

  6. La dénomination bipolaires des pays du monde entre pays développés, dits « du Nord » ou « des Nords » est controversée ; la dénomination : « États favorisés » semble préférable. De même, les pays « du Sud », « des Suds » ou «~en développement~» sont dénomés « États émergents » ou « États précaires ».

  7. En effet, dans une atmosphère où la température est supérieur à la température du corps humain (37 °C), avec une humidité de 100 % (on utilise une mesure qui est la température humide), le processus de régulation par la transpiration ne peut physiquement pas fonctionner. Sans refroissement extérieur (climatisation), c’est l’hyperthermie qui peut être léthale.

  8. À la suite de cette catastrophe de Seveso, l’Union Européenne prit une série de directives afin d’identifier les sites industriels présentant des risques majeurs. Ce sont les sites classés « Seveso ».

  9. Les particules fines sont des aérosols — en suspension dans l’air — de taille inférieure à 2,5 µm (PM2,5 — pour Particulate Matter).

  10. « When deprivation or inequality is high, there are more desperate individuals, hence a higher risk of exploitation. It then becomes advantageous to use violence, to send a ‘toughness signal’ to exploiters. » de Courson et al. (2023).

  11. « Our results show that for the period that goes from 2005 to 2010, an increment of one point in our income inequality measure (the Gini coefficient) represents an increase of more than 5 homicides per 100,000 inhabitants across Mexican municipalities. » Enamorado et al. (2014)

  12. La notion de dette écologique renvoie d’une part à la dette que quelques générations (notamment celles des Trentes Glorieuses) aurait vis-à-vis des générations futures. Et d’autre part, celle que les pays favorisés ont vis-à-vis des pays émergents et précaires.

  13. La jurisprudence est l’ensemble des décisions de justice.

References
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  15. Gatelier, K., & Dijkema, C. (2018). Violence structurelle : comprendre les racines des inégalités. Alternatives Non-Violentes, 188(3), 23–25. 10.3917/anv.188.0023